N°527 - Novembre 2007 - Le Président, les grands Architectes
et Paris

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Le débat sur l’édification de nouvelles tours à Paris enfle à l’occasion des prochaines élections municipales. Nos grands architectes concèdent volontiers que la tour Montparnasse est une incongruité, la tour « Zamenski » de Jussieu une horreur, le front de Seine du XVème une agression architecturale et urbanistique défigurant l’ouest de Paris, que la « Grande Bibliothèque » est une ineptie froide et sans grâce, que les tours d’habitat social de l’est de Paris ont, comme celles de banlieue, créé de graves problèmes sociaux. Mais tout cela, à leurs yeux, c’est le passé.
Aujourd’hui, ils ont tellement plus de talent qu’ils veulent voir supprimés les freins à leur génie afin de créer à Paris des tours d’une grande beauté témoignant de notre dynamisme. A défaut de quoi, Paris deviendrait demain une « ville musée », Venise ou même Bruges.

Qu’importe à nos nouveaux génies que Paris soit, aux yeux du monde et des Parisiens, une des plus belles villes du monde, une des plus agréables à vivre, une des plus attractives du fait même de son caractère homogène au plan des volumes, ce qui lui permet de ne pas ressembler aux villes du monde entier. Qu’importe que cette attractivité se manifeste aussi par le fait qu’elle a, avec sa périphérie, le deuxième « parc » de bureaux d’Europe, malgré les horribles contraintes dénoncées. Que leur importe que les projets déjà « dans les tuyaux » à La Défense doivent altérer gravement la perspective triomphale construite au fil des siècles (quelle modernité de voir de la Concorde tourner les éoliennes des nouvelles tours de La Défense …). Que leur importe que certains d’entre eux aient pu exprimer leur talent sans agresser Paris, en s’insérant dans ses perspectives et ses volumes, comme ceux du musée du Quai Branly, de la Cité de la Musique ou de l’Américan Center. Pour leur gloire, il leur faut des « gestes architecturaux ».

L’ennui, c’est que les élus parisiens, jusqu’ici raisonnables et à l’écoute des Parisiens, vacillent, Paris étouffant dans ses limites administratives absurdes. Et surtout que nos architectes ont peut être « vendu » l’idée au nouveau Président de la République, qui se rêve dans les habits de Laurent de Médicis. Ecoutons son discours récent : « Il n’existe pas de changements qui ne s’incarnent dans de grands gestes architecturaux. Je voudrais une nouvelle Renaissance française, notamment en matière d’architecture. L’architecture donnera la représentation esthétique de cette nouvelle Renaissance. Voilà ma vision : les architectes sont les marqueurs de l’évolution de la société ». Cette ambition, cependant, peut s’exprimer autrement que par les immenses tours souhaitées par nos architectes : par exemple en créant des immeubles économes en énergie, permettant de répondre à de nouveaux besoins de la société comme le tri des déchets, la sécurité, des locaux de convivialité. Puisse notre Président, qui veut, à juste titre, faire tant de réformes utiles, savoir ne pas écouter ces flatteurs intéressés et, dans le cadre des contraintes ayant fait la beauté de Paris, dans le respect de la volonté des Parisiens, des paysages, des équilibres sociaux, des contraintes du développement durable, faire sauter le vrai verrou : donner de l’air à Paris, donner de la cohérence au développement urbain, en créant, comme Napoléon III en son temps, un grand Paris, avec ses communes limitrophes, à tout le moins. Que de projets harmonieux deviendraient alors possibles à l’intérieur de cette « nouvelle frontière », sans qu’il soit besoin de défigurer Paris en singeant Dubaï, Shanghai ou Singapour, qui voudraient bien avoir notre histoire et notre patrimoine.

 

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